Des Français à l'assaut du Yukon Arctic Ultra

Régulièrement qualifiée de course d'ultra-distance la plus froide, voire la plus dure au monde, le Yukon Arctic Ultra reprend ses droits le week-end prochain, dans le Grand Nord canadien. Deuxième en 2025, derrière Mathieu Blanchard, Guillaume Grima revient pour "faire mieux". Vainqueur en 2019, Thierry Corbarieu sera lui aussi au départ.

Extra D+
5 min ⋅ 27/01/2026

🏃‍♀️ Extra D+ #27 🏃‍♂️

Salut, c’est Franck Berteau de Distances+,

Le Yukon Arctic Ultra est de retour dimanche prochain, un an après la victoire de Mathieu Blanchard en 7 j et 22 h. Une performance qui avait contribué à faire connaître cette course hors norme auprès du grand public. Un autre Français l’avait pourtant remportée avant lui : Thierry Corbarieu, membre du team Cimalp tout comme Guillaume Grima, prêt à renouer lui aussi avec le froid polaire après sa deuxième place en 2025.

Je vous parle également de Ferdinand Airault, coureur atypique, 8e du Hong Kong 100 le week-end dernier, ainsi que de la longue analyse publiée sur son site Internet par Kilian Jornet. L’Espagnol y exprime notamment ses doutes quant à l’éventuelle élévation du trail au rang de discipline olympique.

Bonne lecture ! Bon Extra D+ !

+ Guillaume Grima de retour dans le Yukon +

L’année dernière, Guillaume Grima avait bien failli revenir sur Mathieu Blanchard dans les derniers kilomètres du Yukon Arctic Ultra, une course de 610 km et 11 000 m D+ dans le Grand Nord canadien. En se croisant sur le sentier, le futur vainqueur et son dauphin nous avaient d’ailleurs offert un moment émouvant, une étreinte qui disait à la fois leur complicité et leur solitude face à cette épreuve hors norme, aux frontières de ce qui est humainement supportable — les températures peuvent dépasser les -60 °C.

Le dimanche 1er février, l’ancien chasseur alpin de 28 ans et sa pulka — un traineau utilisé pour le transport sur neige (la course se déroule en autonomie complète) — seront de nouveau au départ de l’édition 2026 de l’événement. Celui qui, en février dernier, avait mis 8 j, 2 h et 24 min pour boucler la course, a confié à Distances+ s’être préparé de la même manière, un “copié-collé” de son précédent programme, avec une attention supplémentaire portée au dénivelé. “Contrairement à ce que l’on s’imagine, il s’agit d’un parcours* très vallonné, avec peu de portions réellement plates”, explique-t-il.

S’il sait à quoi s’attendre et espère “faire mieux” que l’an passé, Guillaume Grima devrait avoir de la concurrence en la personne de Thierry Corbarieu, un autre Français, membre comme lui du team Cimalp. À 56 ans, l’entrepreneur et aventurier de l’extrême revient dans le Yukon pour la première fois depuis 2019, et sa victoire sur le tracé originel de l’épreuve, 690 km entre Whitehorse et Dawson City, un village prisé des chercheurs d’or américains, au 19e siècle.

Et comme le défi en lui-même ne semble pas suffisant pour lui, le vainqueur (2023) de l’Iditarod Trail Invitational — une course de 1 600 km disputée en Alaska — envisage d’enchaîner, en mars, avec un autre ultra-marathon de 500 km qu’il a également déjà remporté en 2024 : le Lapland Arctic Ultra, en Laponie suédoise.

* (NDLR : en raison des quantités de neige sur le parcours, celui-ci a finalement été modifié par l’organisation, et ne sera pas totalement le même que lors de la précédente édition).

+ La magie de Hong Kong +

C’est un coureur atypique, comme l’ultra-trail nous en fait parfois découvrir. Ancien trader retiré de la finance pour se consacrer à ses deux passions, la magie et la course à pied, Ferdinand Airault a terminé 8e du Hong Kong 100 (100 km et 5 000 m D+) ce week-end, première épreuve de la saison du circuit World Trail Majors. Avant la course, le Français de 32 ans — qui en a passé sept sur ce territoire asiatique entre 2015 et 2022 — avait raconté à Distances+ la relation sentimentale qu’il entretenait avec l’événement, lui qui, durant la pandémie de Covid-19, s’était imposé sur le “Grand Sam” — l’enchaînement, en trois jours, du 30, du 50 et du 100 km.

Malgré un mal de dos contracté lors de l’un de ses derniers spectacles de magie, Ferdinand Airault est parvenu à se maintenir dans le top 10 tout au long de ce parcours varié, au cœur d’un mélange de ville “bouillonnante” et de nature qui fait le charme de Hong Kong. Deuxième du Québec Méga Trail (160 km et 6 500 m D+) en 2024 et vainqueur l’an passé du Canyons Endurance Runs by UTMB (161 km et 5 550 m D+), en Californie, “The Magic Runner” — tel qu’il se surnomme sur ses réseaux sociaux — a prévu de retourner aux États-Unis mi-février, en Arizona cette fois, afin de disputer le Black Canyon Ultra (100 km et 1 600 m D+).

Ferdinand Airault, au centre / © Jimmy Pin Ferdinand Airault, au centre / © Jimmy Pin

Le Hong Kong 100 s’est conclu cette année par un triplé chinois — Guidu Qin en 8 h 52 min, suivi de Guangfu Meng et Guomin Deng —, juste devant l’Américain Dakota Jones, qui s’est dit satisfait de sa course, après de récentes échéances marquées par des problèmes d’estomac et de fatigue récurrents. Chez les femmes, la Vietnamienne Hau Ha et la Slovaque Veronika Leng ont partagé la victoire en 10 h 53 min. À noter, sur le 50 km, la 3e place de la Hongroise Eszter Csillag, habituée des événements locaux et vainqueure de la Translantau by UTMB (100 km et 5 100 m D+) en 2023.

+ Les vœux de Kilian Jornet +

Le mois de janvier n’est pas terminé et, en cette période de vœux, Kilian Jornet n’a pas hésité à partager les siens, à sa manière. Sur son site Internet, l’Espagnol de 38 ans s’est lancé dans une longue analyse, articulée autour de dix sujets qu’il juge importants dans le contexte du développement du trail. En préambule, le quadruple vainqueur de l’UTMB — au palmarès trop long à détailler en une phrase — et multiple champion du monde de ski-alpinisme en début de carrière a tenu à préciser qu’il ne s’agissait que “d’opinions et de réflexions personnelles”, probablement biaisées par ses qualités “d’athlète élite” mais aussi “d’Européen”.

Dans un premier temps, le Catalan exprime ses doutes quant à l’arrivée éventuelle de sa discipline aux Jeux olympiques (JO), rappelant qu’une proposition existe, portée conjointement par World Athletics, l’International Trail Running Association (ITRA), la World Mountain Running Association (WMRA), les Golden Trail Series et la marque Salomon, en vue des JO de Brisbane en 2032. Une telle évolution risquerait d’entraîner, selon lui, une “perte d’identité” de son sport. “Les Jeux n’en retiendraient qu’un format unique, standardisé, probablement en boucles, pensé pour la télévision”, écrit-il.

Kilian Jornet semble aussi s’inquiéter de ce qu’il appelle la “triathlisation” du trail. Une pratique qui, à l’image du triathlon, attire un public de plus en plus “âgé”, “aisé” et “prêt à investir massivement”, au détriment des jeunes et des moins favorisés. Une forme de polarisation qui, d’après l’athlète espagnol, se manifeste également dans la simplification des parcours. “Le trail est une activité à trois dimensions : distance, dénivelé et technicité, exprime-t-il. Sans intégrer cette troisième dimension, le sport risque de devenir une forme de cross-country longue distance.”

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Par Distances+

Distances + est un média journalistique, spécialisé dans le trail running.

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