Déjà vainqueure du format par étapes du Marathon des Sables (MDS), en 2023 et 2025, Maryline Nakache a démarré sa saison par une victoire au scratch sur le MDS Ultra (160 km et 580 m D+), une heure devant le premier homme, son dauphin. Traileuse tout terrain et toutes distances, la Française semble avoir fait du désert marocain son royaume.
Salut, c’est Franck Berteau de Distances+,
Certes, il n’y avait pas foule pour cette première édition du Marathon des Sables (MDS) Ultra, dans le désert marocain — seuls 170 participants figuraient au départ, disposant de la possibilité de bifurquer, au 60e km, soit vers le format 100 km, soit vers le format 100 miles. Certes, la concurrence n’était pas féroce — imprenables dans les dunes, les frères El Morabity, Rachid et Mohamed (Maroc), n’étaient pas au rendez-vous. Pour autant, la victoire d’une femme au classement général n’est jamais banale et toujours importante à honorer. De surcroît lorsqu’il s’agit de Maryline Nakache, irrésistible dans la chaleur des dunes, quelle que soit l’adversité.
Dans ce 25e numéro d’Extra D+, je vous emmène aussi en Bretagne, pour un snow trail by Ultra-Trail des Monts d’Arrée (UTMA) quasiment “Bretons only”, et vous partage un de mes livres préférés où, forcément, la montagne a la part belle.
Bonne lecture ! Bon Extra D+ !
Dans le vocal qu’elle laisse à Distances+ après sa course, on entend presque Maryline Nakache sourire en évoquant la vitesse à laquelle sont partis les coureurs masculins, sur ce MDS Ultra (160 km et 580 m D+). Trop vite selon elle, “comme d’habitude”. “Fracassée” devant la cheminée de son hôtel et tout de même surprise de l’avoir emporté au classement général, la vainqueure de l’épreuve ose une explication : “Sur ce genre d’efforts, où tu cours pratiquement tout le temps malgré le sable, les cailloux et les dunes, il faut vraiment ne pas dépasser l’endurance fondamentale, sinon tu ne tiens pas jusqu’à la fin, détaille-t-elle. Et ça, les garçons ont un peu plus de mal.”
Sa gestion de course n’est pas la seule clé de sa victoire. Déjà double gagnante du format par étapes du MDS (environ 250 km en six jours), en 2023 et en 2025, l’athlète de 41 ans commence à bien connaître le désert. Il la fascine, même. “J’adore le Sahara, raconte-t-elle. C’est quelque chose qui m’a toujours fait rêver, cette immensité à perte de vue.” Elle cherche ensuite ses mots, dissertant à la fois à propos de la beauté des paysages et de leur récurrence, sur le fait de se retrouver seule au milieu de ceux-ci, dans sa bulle. “C’est vrai qu’il n’y a pas grand-chose à voir finalement, conclut-elle. Mais c’est ce qui me plaît.”
© Gwen Marche / MDS
Polyvalente en termes de distances comme de terrains, vainqueure de la TDS en 2023 et 2e de la Diagonale des fous en 2024, Maryline Nakache dispose d’un palmarès aussi fourni que varié. L’an passé, la Sudiste avait dominé avec la même aisance le Québec Méga Trail (135 km et 6 000 m D+) et le parcours des crêtes de l’Échapée Belle (64 km et 4 800 m D+), ou encore la Maxi Race Madeira (100 km et 6 300 m D+), au Portugal. Après ce nouveau titre sur le MDS Ultra — organisé à l’occasion du 40e anniversaire de l’événement —, l’ultra-traileuse du team Cimalp devrait retrouver en avril prochain ce Sahara qu’elle aime tant, pour briguer une troisième victoire sur la version par étapes de l’épreuve.
“Aujourd’hui, en trail, le plus dur est d’être sur la ligne de départ, pas de courir”, a déclaré Thierry Gallou, président de l’Ultra-Trail des Monts d’Arrée (UTMA), à nos confrères de Ouest-France. L’an dernier, comme pour la plupart des trails en France, la course finistérienne a en effet été victime de son succès. Au moment des inscriptions, le site de l’épreuve s’était retrouvé saturé de 12 000 demandes de connexion pour seulement 2 500 dossards disponibles sur l’ensemble des formats — quatre au total. Alors, pour satisfaire les déçus, les organisateurs ont imaginé une version hivernale de leur événement, un “snow trail” réservé en priorité aux coureurs locaux.
À une époque où le monde du trail se montre en pleine réflexion concernant la hausse des pratiquants et la razzia sur les dossards qui en découle — nous avons récemment consacré un épisode de La Bande à D+ à ce sujet —, cette sorte de préférence régionale a également été privilégiée par le Festival des Templiers. Pour la première fois, le très couru événement aveyronnais — 13 000 participants en 2025 — a favorisé “les habitants de la Communauté de Communes de Millau Grands Causses”, leur donnant la priorité avant de rendre l’inscription accessible au reste du public. C’est également l’option choisie par le Grand Raid de La Réunion qui, encore cette année, alloue au moins la moitié des dossards distribués par tirage au sort aux résidents de l’île.
Samedi après-midi, sans l’ombre d’un flocon mais sous une température d’environ 5°C, ils étaient environ 80 % de Bretons — pour 1 200 participants — à prendre le départ des deux épreuves de 8 et 26 km du “snow trail by UTMA” depuis Commana, au cœur de ces Monts d’Arrée qui constituent le toit de la Bretagne (le Roc’h Ruz, 385 mètres d’altitude). Kévin Meudec et Mégane Dumoustier ont dominé le plus long format, alors que Vivien Marjorel et Marion Le Goff se sont imposés sur le court. Des victoires exclusivement bretonnes.
Le vainqueur Kévin Meudec / © Guillaume Siohan
C’est un roman vertical qu’on dévore la tête en l’air, tournée vers les crêtes abruptes des Pyrénées ariégeoises, tout près de la frontière espagnole, théâtre de la fameuse PICaPICA (109 km et 11 500 m D+). Là-haut, il y a des ours, récemment réintroduits sur le territoire, et en bas certains en ont peur et les haïssent. Ils ne voient dans l’animal que la bête, le prédateur, ce tueur qui parfois se sert dans leurs troupeaux, l’été, quand les brebis sont conduites à l’estive.
Dans ces pâturages brûlés par le soleil, Gaspard veille sur elles avec ses chiens. Il a déjà subi des attaques, a même hésité à remonter cette année, hanté par des visions d’horreur. Pourtant, le berger ne parvient pas à maudire l’ours. Il le respecte. Il n’a rien non plus contre Alma, une scientifique fascinée par le plantigrade qui catalyse la colère des éleveurs du coin.
Eux veulent que l’ours soit mis hors d’état de nuire à leur activité, leur gagne-pain. Le comble, c’est qu’ils ignorent ou oublient qu’au début du siècle dernier, dans ces mêmes vallées alors surpeuplées et affamées, certains de leurs ancêtres survivaient grâce aux mammifères honnis. Ils les capturaient bébés dans leur tanière, les dressaient, puis partaient avec eux sur les routes de France et du monde pour faire fortune en tant que saltimbanques : montreurs d’ours.
« Et vous passerez comme des vents fous » - titre formidable - est une histoire de montagne à la fois poétique et terre-à-terre, presque organique. En nous isolant sur ces drailles et ces prairies d’altitude, dans ces forêts épaisses et ces combes vertigineuses, elle nous confronte à notre rapport au sauvage. Nous qui nous approprions tout, serons-nous capables de partager encore longtemps ces territoires reculés, de cohabiter sans nous imposer, d’évoluer sans dominer ?
+ À lire, Et vous passerez comme des vents fous, Clara Arnaud (Actes Sud, 2023).
...