Comme chaque mois de février, le village de Plourhan (Côtes-d'Armor) s'apprête à accueillir la première étape du challenge Ouest Trail Tour : le Trail Glazig. Une course qui, depuis son lancement en 2002, s'est hissée au rang des grands rendez-vous de la saison bretonne. Avec à son palmarès des coureurs tels qu'Erik Clavery et Andy Symonds.
Salut, c’est Franck Berteau de Distances+,
Lorsqu’à la rédaction nous avons récemment évoqué le calendrier de courses des semaines à venir, je me suis souvenu de mon passage éclair il y a quelques années sur le Trail Glazig, qui aura lieu les 7 et 8 février prochains. Blessé, frigorifié et sur les nerfs, je n’avais pas su apprécier à sa juste valeur cet événement qui fait aujourd’hui figure d’institution en Bretagne au sein de notre discipline. Il fallait bien que je me rattrape en vous en parlant.
Je ne pouvais pas non plus passer à côté de l’annonce d’Aurélien Sanchez, qui s’est lancé le défi fou d’affronter cet été le Pacific Crest Trail, l’un des sentiers de randonnée les plus iconiques au monde, traversant l’Ouest américain du sud vers le nord. Avec, qui plus est, l’espoir assumé d’en battre le record, soit à l’heure actuelle un peu plus de 46 jours pour un voyage de 4200 km et 140 000 m D+ !
Enfin, alors que les inscriptions au tirage au sort pour le Grand Raid de La Réunion sont ouvertes — ainsi que les fameuses ventes de “packages” — je vous emmène sur l’île intense pour notre rubrique “Sortez le pop-corn” ! Au programme : un trail médical au service des populations les plus isolées du territoire.
Bonne lecture ! Bon Extra D+ !
(Photo de couverture : © Yves Mainguy)
Je me souviens du Trail Glazig comme d’un cauchemar. C’était en février 2020, quelques semaines avant que la pandémie de Covid-19 ne mette la planète à l’arrêt. J’avais accepté de rejoindre des amis bretons dans les Côtes-d’Armor pour participer à l’un des nombreux formats de l’événement, en l’occurrence une épreuve sur deux jours — aujourd’hui baptisée Défi Super-U 48 K —, avec une course de 20 km le samedi soir, en nocturne, et une autre de 28 km le lendemain matin.
La première des deux m’a suffi, et encore, je n’ai même pas vu sa ligne d’arrivée. Il faisait un froid glacial, une bruine persistante nous douchait et j’avais l’impression de courir dans l’eau tant le sentier n’était que flaques, boue et restes de marée. L’ongle de l’un de mes gros orteils était incarné, ce qui n’arrangeait rien à mon humeur exécrable ni à mon envie décroissante d’approfondir l’expérience. J’ai abandonné, puis je n’ai plus mis le nez dehors du week-end.
Si j’avais persisté, j’aurais sans doute pu observer au lever du jour les tonalités changeantes de la mer, ainsi que le contraste entre cette Manche et son littoral irrégulier composé de falaises, de prairies et de bocages, toutes ces nuances “bleu-vert” — “glaz”, en breton — qui font le charme du Trail Glazig. Lancé en 2002, il est depuis devenu l’un des rendez-vous incontournables de notre sport dans la région, au point d’inaugurer chaque saison le challenge Ouest Trail Tour — un championnat cumulant les résultats de sept compétitions locales — avec son 54 km.
Sur cette distance phare, le parcours sera inédit les 7 et 8 février, à l’occasion de la 24e édition de l’événement. Maritime à 70 %, l’itinéraire promènera les coureuses et les coureurs sur les sentiers du GR54, dans la vaste baie de Saint-Brieuc, l’une des plus grandes de Bretagne. Avant de revenir là où il a démarré, au cœur du village de Plourhan et ses 2000 habitants, qui chaque année voit sa population presque quadrupler le temps d’un week-end — environ 6000 participants répondent à l’appel, auxquels il faut ajouter leurs accompagnateurs.
Au palmarès du Trail Glazig ne figurent pas que des locaux, à l’image du pompier Jonathan Parisé — trois victoires en 2018, 2019 et 2022 — ou de l’athlète du team Cimalp Théo Le Boudec, sacré en 2023 et originaire du département des Côtes-d’Armor. D’autres pointures, comme le Normand Erik Clavery — vainqueur en 2012 — et Andy Symonds, y ont inscrit leur nom. En 2017, le Britannique avait célébré sa première place en plongeant dans la boue juste devant la ligne d’arrivée. Comme quoi, quand on est de bonne humeur, on peut aimer ça. Sans doute devrais-je y retourner.
Aurélien Sanchez semble ne jamais être rassasié d’aventures au long cours. Sur ses réseaux sociaux, le nouvel athlète du team Cimalp, à ce jour seul finisseur français de la Barkley Marathons (États-Unis), a révélé qu’il s’attaquerait cet été au Pacific Crest Trail (PCT).
Colossal, ce sentier de randonnée, l’un des plus iconiques de la planète, traverse l’Ouest américain depuis la frontière mexicaine, au sud, jusqu’à celle du Canada, au nord. Un voyage de 4200 km que le Toulousain de 34 ans espère boucler dans un temps record, afin d’établir un nouveau “Fastest Known Time” (FKT), détenu jusqu’à présent par le Belge Karel Sabbe en 46 jours, 12 heures et 50 minutes.
© Jean Despiau / Maxime Audouard
Véritable mythe pour les “thru hikers” — les “randonneurs de longues distances” —, le PCT en a fait rêver plus d’un avant Aurélien Sanchez. Sillonnant trois États — Californie, Oregon et Washington — et suivant les colonnes vertébrales des chaînes de montagnes de la Sierra Nevada et des Cascades, la trace attire depuis le début des années 1970 des marcheurs en quête d’expériences extrêmes voire initiatiques, qui pour la plupart mettent quatre à six mois à en venir à bout.
L’épopée de l’une d’entre elles, Cheryl Strayed, a même donné lieu à un récit autobiographique (Wild, 2012) — adapté au cinéma deux ans plus tard, avec Reese Witherspoon dans le rôle principal — ayant profondément marqué l’imaginaire du sentier dans la culture populaire. Dans son texte, la randonneuse, ancienne junkie, raconte comment sa marche l’a aidée à surmonter un avortement et le décès brutal de sa mère des suites d’un cancer, à l’âge de 45 ans.
Au rythme bien plus rapide d’environ 90 km par jour, ce sont ces mêmes paysages que retrouvera d’ici quelques mois Aurélien Sanchez — toujours à la recherche de sponsors pour son projet. Un mélange de déserts, de forêts et de cols enneigés situés à 4000 mètres d’altitude dont le Forester Pass (4009 m), le point culminant du parcours (Sierra Nevada, Californie) et aussi l’une de ses sections les plus techniques et exigeantes.
+ À lire, Wild, de Cheryl Strayed (éditions 10/18, 2014).
+ À voir, Wild, de Jean-Marc Vallée (2014).
Chef de service en cardiologie au CHU nord de La Réunion (Saint-Denis), Jérôme Corré n’est pas un médecin comme les autres. Inquiet des ravages causés par les maladies cardiovasculaires sur son île natale, où l’on compte par exemple 30 % d’AVC de plus qu’en métropole, le traileur de 39 ans déborde d’envie d’agir. De soigner, mais aussi de prévenir.
Pour sensibiliser à ces enjeux sanitaires les populations les plus isolées du territoire, le finisseur de l’édition 2018 de la Mascareignes (65 km et 3 500 m D+) est parti à leur rencontre, à vélo et à pied, à l’aide de trois collègues infirmiers et infirmière. Un trail médical d’environ 100 km à travers les cirques de Salazie, Mafate et Cilaos, les trois cœurs de La Réunion. Tout un symbole.
© Elephant Doc / France Télévisions
Dans ce film intitulé Du souffle aux cœurs, le journaliste Adrien Morcuende suit le périple de Jérôme Corré du nord vers le sud, à rebours du parcours de la Diagonale des fous. Salazie d’abord, puis Mafate, où le médecin s’arrête notamment au village de Marla, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère, l’un des points de ravitaillement de la célèbre course.
Partout, il décèle les mêmes signes d’hypertension chez les habitants — victimes à la fois d’une fragilité génétique liée au métissage et de l’éloignement des structures médicales —, formule les mêmes mises en garde contre une alimentation trop riche en sel, la consommation d’alcool ou de tabac, et exprime les mêmes incitations à bouger. “Le message de prévention que je veux faire passer inclut l’activité physique, c’est le meilleur médicament pour la santé”, insiste le médecin.
Via le fameux col du Taïbit, le cardiologue itinérant atteint enfin Cilaos. Là, dans le village éponyme encastré au creux du cirque où l’homme achève son voyage, un collège porte le nom de son grand-père, Alsace. À son époque, ce dernier faisait déjà le tour des villages pour inciter les filles et les fils d’agriculteurs à se rendre à l’école. À croire que, chez les Corré, de génération en génération, on aime prendre les problèmes à bras-le-corps.
+ À voir, Du souffle aux cœurs, un film d’Adrien Morcuende (52 min, Elephant Doc).
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