Au terme d'une traversée de l'île de Gran Canaria, l'un des principaux territoires de l'archipel des Canaries, en Espagne, Jonathan et Henriette Albon ont remporté le 126 km de la Transgrancanaria, l'une des épreuves phares de ce début de saison. Mari et femme, le Britannique et la Norvégienne ont l'habitude de grimper en couple sur les podiums.
Salut, c’est Franck Berteau de Distances+,
De retour après un congé paternité, au cours duquel faire équipe avec sa partenaire de vie s’avère plus que jamais indispensable, j’ai forcément été marqué par la victoire en couple de Jonathan et Henriette Albon, aux Canaries, sur la Transgrancanaria. C’est quand même la classe, vous ne trouvez pas ?
J’ai également regardé ce dimanche le film du vidéaste Valentin Orange, “Facing the Unknown”, consacré au nouveau défi de l’ultra-traileur lituanien Gediminas Grinius : gravir dans des temps records cinq des plus hauts sommets de l’Asie centrale. Je vous en dis davantage ci-dessous, dans notre rubrique “Sortez le pop-corn !”
De son côté, ma consœur Julie Kermarrec vous parle du Trail de la Cité de Pierres, dans l’Aveyron, qui fêtait ce week-end sa sixième édition, au cœur du plus grand chaos rocheux d’Europe.
Enfin, alors que La Bande à D+, votre talk-show du trail, a repris la semaine dernière pour une cinquième saison, l’heure est venue de vous révéler, en exclusivité dans l’Extra D+, le nom des trois nouvelles recrues de la bande. Vous les entendrez bientôt au micro de Nicolas Fréret.
Bonne lecture ! Bon Extra D+ !
Pour elle, il s’agit d’une récidive. L’an passé, Henriette Albon avait déjà triomphé au pied des emblématiques dunes de Maspalomas, situées à quelques encâblures de l’arrivée de la Transgrancanaria — 126 km et 6 800 m D+. Après 15 h 02 min d’effort, la Norvégienne était venue à bout de cette traversée de Gran Canaria, l’une des principales îles de l’archipel des Canaries, en Espagne, devançant de plus d’une heure l’Espagnole Claudia Tremps et la Française Maryline Nakache. Son mari, lui, Jonathan Albon, avait buté sur un Caleb Olson en pleine montée en puissance vers sa future Western States victorieuse.
Cette année, le Britannique n’a pas laissé passer sa chance d’imiter son épouse, de nouveau sacrée devant Claudia Tremps. Dans le groupe de tête dès les premiers kilomètres nocturnes de la course, marquée par la pluie, le froid et le vent, le coureur du team The North Face a fini par décrocher ses compatriotes Josh Wade et Tom Evans (DNF), ainsi que l’Allemand Hannes Namberger. Seul, il a franchi le Roque Nublo, un résidu volcanique sous forme de monolithe, perché sur un plateau aride à plus de 1 800 mètres d’altitude : l’un des symboles naturels de Gran Canaria.
© Simon Sallé / Distances+
Aucun concurrent n’a ensuite réussi à combler l’avance creusée par Jonathan Albon, vainqueur en 12 h 58 min. Tout comme aucune concurrente n’a pu rivaliser avec son épouse. À eux deux, les Albon ouvrent et ferment même le top 10 de cette Transgrancanaria, Henriette Albon s’étant offert, outre sa victoire, une 10e place au classement général. Premier Français à figurer dans ce dernier, Martin Kern s’est hissé en 13e position.
Si Henriette et Jonathan Albon sont parvenus à remporter pour la première fois, ensemble, la même édition d’une même course de cette envergure, ils ont cependant l’habitude de monter en couple sur les podiums des événements auxquels ils participent. En 2023, lorsque “Jon” s’était imposé sur le Grand Trail des Templiers — 80 km et 3 500 m D+ —, à Millau, dans l’Aveyron, Henriette avait gagné la veille la Boffi Fifty, le format de 47 km (2 370 m D+) du Festival des Templiers.
Située au cœur du Parc naturel régional des Grands Causses, dans l’Aveyron, plus précisément sur la commune de la Roque-Sainte-Marguerite, la Cité de Pierres représente le plus grand chaos rocheux d’Europe. En 2016, lorsque Guilhem Prax découvre son dédale de ruelles, ses tours, ses bastions et ses arches calcaires, l’idée de faire de ces paysages minéraux le décor d’un trail germe dans son esprit. Dix ans plus tard, le désormais organisateur a suivi son intuition avec succès : la sixième édition du Trail de la Cité de Pierres se déroulait ce week-end.
Il lui avait fallu attendre 2021, et le ralentissement de la pandémie de Covid-19, pour inaugurer l’événement, et encore, seul les athlètes élites étaient autorisés à prendre le départ des deux épreuves proposées, dont un 31 km remporté par Thibaut Baronian et Blandine L’hirondel. Ce n’est finalement qu’en 2022 que se tient la première édition ouverte à tous, non sans frayeurs. Nichées dans les pins qui parsèment les Causses, des chenilles processionnaires aux poils urticants menacent d’envahir les sentiers. Heureusement, plusieurs jours de pluie retardent leur descente des arbres. La course peut avoir lieu.
© Trail de la Cité de Pierres
Composé en grande partie de monotraces, le terrain relativement technique de Montpellier-le-Vieux — l’autre nom de la Cité de Pierres — a ensuite accueilli dès 2023 les Championnats de France de trail. Une première en Occitanie et, surtout, pour une si jeune organisation, qui ne cesse d’évoluer. Aux formats de 31, 16 et 10 km, s’est ajoutée cette année un 53 km intitulé “Légende des Causses”. “C’est un super parcours, explique Guilhem Prax. On va chercher d’autres coins où peu de personnes vont, et certains locaux ont même découvert des chemins qu’ils ne connaissaient pas.” Sur cette nouvelle distance, ce sont d’ailleurs des locaux, les jumeaux Dan et Tom Aragon, qui ont triomphé main dans la main après 5 h 02 min 03 sec, tandis que Doriane Lopez s’est imposée chez les femmes en 6 h 25 min 04 sec.
Sur le 16 km (850 m D+), la victoire est revenue à Cyril Pasturel — déjà vainqueur l’an dernier du 31 km — en 1 h 22 min 16 sec et à Lola Cros-Valette en 1 h 53 min 35 sec. Le dimanche 8 mars, sous une pluie persistante, l’épreuve phare de 31 km (1650 m D+), labellisée FFA, a été remportée par Alexandre Meyleu en 2 h 32 min 11 sec, devant Valentin Bénard et Téo Vaultier. La course féminine a sacré Julie Coulange en 3 h 13 min 21 sec. Justine Lanne et Delphine Vidal ont complété le podium.
Bien avant que le Britannique Tom Evans ne termine ses courses au garde-à-vous, le plus célèbre militaire des sentiers, c’était lui : Gediminas Grinius. Victime d’un syndrome post-traumatique après des missions en Irak et en Afghanistan, le soldat lituanien a trouvé dans la course à pied un remède, une manière physique de purger ses démons.
Crâne rasé, tatouages et carrure de Golgoth, l’homme blessé par la guerre est né au monde du trail au milieu des années 2010, en même temps que l’un de ses circuits pionniers : l’Ultra-Trail World Tour. En 2016, il l’a même remporté, signant cet été-là la deuxième place d’un UTMB caniculaire, derrière un homme intouchable revenu des enfers, Ludovic Pommeret.
© Valentin Orange
Âgé aujourd’hui de 46 ans, moins performant avec un dossard accroché à la ceinture que lors de sa période faste, Gediminas Grinius n’en demeure pas moins avide d’exploration de ses propres limites. Son nouveau défi : gravir en aller-retour, depuis leur camp de base initial et le plus rapidement possible, cinq des plus hauts sommets d’Asie centrale. Passer de l’ultra-trail à l’alpinisme, en somme. Faire “face à l’inconnu”.
“Facing the Unknown”, c’est le titre du film réalisé par le vidéaste Valentin Orange, qui a suivi l’athlète dans la première de ces ascensions, à la frontière entre le Kirghizistan et le Tadjikistan, au cœur de la grande chaîne du Pamir. En ligne de mire, une montagne culminant à 7 134 mètres d’altitude, l’Ibn Sina, aussi appelée Pic Lénine. Un legs du passé soviétique de la région.
À mesure que Gediminas Grinius troque son short et ses baskets contre des chaussures d’alpinisme, un piolet et de quoi s’équiper sur des cordes, on perçoit son armure de placidité se fendiller. On le voit enjamber des crevasses, se plaindre du froid et de la fatigue générée par le manque d’oxygène. On le sent toucher du doigt la peur, le doute, ainsi qu’une version de lui-même qu’il n’avait jamais rencontrée. Tout cet inconnu qu’il était venu chercher.
Avec des images somptueuses et une narration efficace, “Facing the Unknown” nous plonge dans les soubresauts de cet apprentissage des hauteurs. Reste à savoir si l’ultra-traileur saura maîtriser avec le même flegme ses quatre prochaines ascensions, avec un final sur les pentes de l’un des autres géants de la chaîne du Pamir, l’Ismoil Somoni, longtemps appelé pour sa part, le Pic Staline.
+ À voir, Facing The Unknown (Valentin Orange, 30 min, YouTube).
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