Lazarus Lake a allumé sa cigarette en avance. Il misait sur l'effet de surprise et il a réussi son coup. Et comme l'an dernier, c'est la Barkley qui a gagné. On vous raconte aussi le coup de chaud et le suspens -sur 450 km- au Yukon Arctic Ultra dans le Grand Nord et on vous parle de Julien Chorier qui a pris le métro durant sa course à Hong Kong.
Salut c’est Chloé Rebaudo et Nicolas Fréret de Distances+,
Vous n’avez pas rêvé, la semaine passée, Franck Berteau n’a pas livré son Extra D+.
Mais il avait une bonne excuse. Il est devenu PAPA.
C’est donc la rédac de Distances+ qui prend la plume pour remplacer LA plume, mais soyez rassuré·e·s, Franck sera bientôt de retour, ici et sur les sentiers, même avec les yeux pochés 🙌🏼
Au programme de cette newsletter, on a sélectionné dans l’actualité récente trois aventures au long cours :
🔹 le 650 km du Yukon Arctic Ultra - l’une des courses polaires les plus redoutables au monde - dans le Nord-Ouest du Canada. Retrouvez, en partenariat avec CIMALP, le récit de cette course marquée longtemps par un suspens haletant. Étonnamment.
🔹 le Hong Kong Four Trails, un challenge très original de près de 300 km et 15 000 m D+ à relever en moins de 60 heures, en autonomie, à travers les quatre chemins de grande randonnée de Hong Kong. Le premier finisseur 2026, la légende française de l’ultra-trail Julien Chorier, nous explique qu’il a fallu se débrouiller pour rallier ces sentiers. Il a même pris l’auto et le bateau entre deux GR.
🔹 Et l’infernale Barkley Marathons, cet ultra-trail en orientation d’environ 200 km et 25 000 m D+ qui flirte depuis 40 ans avec les limites du possible dans le parc de Frozen Head (Tennessee). Les 40 participants doivent parcourir cinq boucles, également en moins de 60 heures. Distances+ était sur place, alors on vous a raconté en images cette édition 2026 dans une vidéo disponible sur YouTube. Et, pour l’occasion, on a réquisitionné la rubrique Sortez le popcorn ! 🍿 Alors, surtout, ABONNEZ-VOUS 🙃
Bonne lecture ! Bon Extra D+ !
Guillaume Grima - Crédit : Yukon Arctic Ultra
Ils étaient deux favoris au départ en ce chaud mois de février près du pole Nord. D’un côté, le vieux sage. De l’autre, le jeune homme fougueux. Le premier avait connu la victoire en 2019 sur ce si long et rude sentier enneigé à la frontière de l’Alaska. Le second s’était révélé au grand public en terminant 2e de l’épreuve polaire l’an dernier, pas si loin du vainqueur franco-québécois Mathieu Blanchard. Compétiteurs l’un comme l’autre, Thierry Corbarieu (56 ans) ambitionnait de battre le gamin, à qui il avait donné des conseils avant la course, tandis que son jeune adversaire, Guillaume Grima (27 ans) - tout nouveau co-équipier chez CIMALP -, s’était préparé avec détermination pour gagner cette édition 2026 du Yukon Arctic Ultra, lui l’ancien chasseur alpin devenu musher dans le Grand Nord canadien. Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Ni l’un ni l’autre n’est parvenu à ses fins, ni même à rallier l’arrivée de cet engageant parcours de 650 km et environ 11 000 m D+, marqué par des températures hivernales trop « chaudes » qui ont fortement ramolli la neige.
Avant cela, l’aventurier XXL Thierry Corbarieu, passionné d’ultra-distance en milieux extrêmes, avait passé une partie de son année 2025 à faire le tour du monde avec l’un de ses fils. Le long - entendez le TRÈS LONG - c’est son dada. Le Yukon Arctic Ultra n’était d’ailleurs qu’un encas, puisqu’il sera au départ, ce dimanche 1er mars, du Lapland Arctic Ultra, un 500 km en Laponie suédoise. Le froid et les enchaînements polaires, le Toulousain adore ça.
Sudiste lui aussi (originaire de la Vallée de l’Ubaye, dans les Alpes de Haute-Provence), Guillaume Grima avait débarqué au Yukon dès le mois de novembre, et il a documenté sa préparation sur ses réseaux sociaux, avec barbe et cils gelés à l’appui. Il a passé près de deux mois à s’entraîner, en tractant une pulka qu’il a progressivement chargée (quand Thierry tractait des pneus en France) et en multipliant les séances de renforcement musculaire. Il a aussi accentué le travail spécifique pour s’améliorer dans le dénivelé sur neige.
Après environ 75 km, alors qu’on s’inquiétait de ne pas voir Thierry Corbarieu bougé sur la carte numérique du parcours, il a déclenché sa balise de détresse. Une première pour lui sur une course de ce type. Nonobstant l’expérience, les sensations depuis le départ n’étaient pas là. Rien n’allait en fait, et dormir l’équivalent d’une nuit complète n’a rien changé. La mort dans l’âme, il a pris la difficile décision de couper court, avant de se réfugier pendant 6 heures dans son sac de couchage, dans la neige, en attendant que l’organisation vienne le chercher, car d’autres coureurs avaient demandé secours avant lui.
Guillaume Grima, lui, avançait bon train, en tee-shirt souvent, en tête tout le temps. Il avait espéré le grand froid comme l’année dernière, parce que c’est ce qu’il préfère et qu’il était selon lui prêt pour être performant dans ces conditions extrêmes, mais les températures sont restées élevées, jamais en dessous de -15 degrés en journée. Bien équipé et en mouvement, aussi bizarre que cela puisse paraître, les coureurs avaient plus chaud que froid. Et la neige se révélait très humide et molle, rendant l’usage des raquettes nécessaire. C’est cette humidité qui lui a été fatale, après 450 km à jouer au chat et à la souris avec un autre Français, Paul Clément, en chasse 2-3 km derrière sans discontinuer. Il a bien essayé de sécher et de soigner ses pieds, qui semblaient sortir d’un interminable bain, mais il était trop tard pour espérer améliorer leur état, aggravé par des ampoules et des oedèmes. Alors qu’il menait la course, il a pris une heure pour se reposer et se rendre à l’évidence : la course était finie. C’est l’expérience qui rentre, estime Thierry Corbarieu, assurant que Guillaume n’optera sans doute plus jamais pour la technique du pied glissé dans un sac plastique pour garder les pieds au sec. Ils n’ont fait que macérer dans sa propre humidité, piégée dans ses souliers.
Et c’est donc un athlète que nous n’avions pas vu venir qui, par sa stratégie et sa gestion parfaite, a gagné la chaude édition 2026 du Yukon Arctic Ultra. Il a été chaleureusement accueilli sur la « ligne d’arrivée » par un Guillaume Grima beau joueur, tandis que Thierry Corbarieu était déjà dans son kayak à ramer dans la perspective de son retour au Yukon, plus tard cet été, pour un périple avec son fils.
Mais avant cela, Thierry a une revanche à prendre en allant se rassurer sur le Lapland Arctic Ultra. Guillaume, lui, est bénévole en Alaska sur l’épreuve qu’il rêve de gagner : l’Iditarod 1000, le Graal des courses polaires, la plus longue aussi (1600 km). Sans doute pourra-t-il compter sur les conseils avisés de son aîné, qui l’a déjà gagnée, en 25 jours et 3 minutes.
Distances+ a suivi l’aventure déçue de Thierry Corbarieu et Guillaume Grima, en partenariat avec CIMALP, la marque française - spécialisée dans les sports outdoor - qui équipe les deux hommes. Ne manquez pas leur interview croisée dans le nouveau format ITW D+, à écouter sur toutes les plateformes de podcasts et à voir dès vendredi soir sur la chaîne YouTube de Distances+.
Thierry Corbarieu - Crédit : Yukon Arctic Ultra
Distances+ était en reportage il y a quelques jours dans le parc de Frozen Head pour le 40e anniversaire de l'infernale Barkley Marathons dans le Tennessee. On ne compte que 20 finisseurs depuis la création de l’événement par l’homme à la chemise carottée rouge et à la barbe blanche, Lazarus Lake.
Après l’hécatombe de 2025 (aucun finisseur), tout le monde pensait que la nouvelle version de cet ultra-trail en orientation (environ 200 km et 25 000 m D+) était injouable.
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