La 40e édition du Marathon des Sables Legendary a été lancée ce dimanche 5 avril dans le désert marocain, au sud de Ouarzazate. Au programme, 245 km à parcourir en six étapes, en autosuffisance, au beau milieu des dunes, des oueds et des djebels du Sahara. Les Français Ludovic Pommeret et Maryline Nakache étaient présents au départ.
Salut, c’est Franck Berteau de Distances+,
Les envoyées spéciales de Distances+ et du PC Course, Chloé Rebaudo et Mélissa Mergoil, se sont envolées au Maroc pour vous faire suivre, sur nos réseaux sociaux, la 40e édition du Marathon des Sables (MDS) Legendary. De mon côté, j’en profite pour revenir sur l’édition à laquelle j’ai eu la chance de participer, en 2023, et dont je suis revenu nourri de souvenirs ambivalents.
Je vous parle aussi de l’aventure de l’ultra-traileur Tanguy Warin, nouveau détenteur du FKT du GR51, surnommé « le sentier des Balcons de la Méditerranée », ainsi que d’une courte vidéo dédiée au record du monde du Kilomètre Vertical réalisé par Rémi Bonnet, en 2025. Sortez le pop-corn !
Bonne lecture ! Bon Extra D+ !
En avril, quand sonne l’heure du Marathon des Sables (MDS), je sens toujours germer en moi une pointe de nostalgie. Sur les réseaux sociaux, je visionne les images récoltées par les envoyées spéciales de Distances+ et je me revois là-bas, sous l’une des tentes berbères de ce bivouac gigantesque, village mouvant au fil des 245 km de course à parcourir en six étapes. Je garde un souvenir précieux de cette aventure vécue en bande, auprès d’amis, de nos débriefs le soir au coin du feu et de nos encouragements mutuels, de nous tous, debout, dans la nuit, tenant les structures en bois de notre abri pour ne pas qu’il s’effondre face aux tempêtes de sable.
C’était en 2023, l’une des éditions les plus chaudes du MDS. À l’ombre, la température atteignait les 40 degrés. Elle s’élevait au-delà de 55 degrés au soleil, au pied des djebels. Les corps souffraient. Ils se déshydrataient. Pour nous, ceux de ma tente berbère, tout s’est déroulé plus ou moins bien, comme sur un ultra, avec de nombreux rebondissements mais sans drame. Certains se sont accrochés jusqu’au bout, jusqu’aux fameuses dunes de Merzouga, là où le village qui bouge retrouve la civilisation et où chaque année prend fin la parenthèse désertique. D’autres ont abandonné — beaucoup plus de participants que d’ordinaire —, épuisés, blessés, les pieds perclus d’ampoules.
Rien d’inhabituel, pensais-je. Des finisseurs et des DNF. Des jours avec et des jours sans. Le lot classique des épreuves de ce genre. Il a suffi d’un petit-déjeuner à l’issue de la course, à notre hôtel de Ouarzazate, pour que je saisisse à quel point les ressentis pouvaient différer, et qu’il s’était joué sur ce MDS des scènes que j’ignorais, juste là, pas loin, dans un autre quartier de ce village qui bouge. À table, une concurrente québécoise que nous n’avions jamais vue s’est assise à nos côtés et, les larmes aux yeux, elle s’est mise à nous raconter son « calvaire », mue par un besoin urgent de se confier.
© Anthony Deroeux
Au fil de la semaine, sa tente berbère s’était vidée. Ses compagnons d’aventure, qu’elle ne connaissait pas — elle était venue seule — avaient été terrassés par la chaleur, perfusés, il avait même fallu l’intervention d’un hélicoptère pour secourir l’un d’entre eux. À la veille de l’étape longue, son ultime colocataire avait passé la nuit à vomir à quelques mètres de leurs couchages, avant d’abandonner le lendemain. Le soir, elle l’avait retrouvé sous la tente, hagard. L’homme lui demandait où ils se trouvaient, lui assurait que les gens tout autour leur voulaient du mal, qu’il avait subi des menaces. Sa déshydratation tournait à la psychose.
La jeune femme québécoise avait fini par avoir peur et je sais que le souvenir qu’elle conserve de son séjour dans le désert — un mélange d’incompréhension et de dégoût — s’avère bien différent du mien. D’ailleurs, par ricochets, son expérience a aussi modifié ma propre perception. Je n’écris pas cela pour critiquer le MDS, j’y ai trouvé exactement ce que j’étais venu chercher : un défi exigeant ; de fascinantes immensités de sable et des paysages aussi sublimes qu’intimidants ; un élan collectif. Je dis simplement qu’à force de s’y adonner, on a tendance à banaliser ce genre d’effort et ce genre d’épreuve. C’est une erreur. Surtout lorsque le thermostat s’envole. Heureusement, il a l’air de faire moins chaud cette année.
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